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Sorel

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Sorel LawrenceCelui qui court avec le vent
Messages : 223
Date d'inscription : 09/09/2012
Age : 25
Alignement : Neutre
Race : Créature - Loup-Garou
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MessageSujet: Sorel Dim 9 Sep - 12:52




☩ Âge : Il est mort à l'âge de 22 ans. Né en 1758, il est actuellement âgé d'un peu plus de 250 ans... putain, ça a le don de vous coller un bon coup de vieux.
☩ Pays d'Origine : Amerique. Il faisait parti des "insurgents" durant la guerre d'indépendance des États-Unis.
☩ Orientation Sexuelle : Plutôt bisexuel.
☩ Métier : Enrôlé dès son plus jeune âge dans les forces des insurgés américains, il n'a eut le temps d'apprendre qu'un seul métier. Celui de la guerre. Ou, éventuellement, celui du sabotage. Depuis son arrivée en Lyrica, il a eut l'occasion de toucher à pas mal de domaines qu'il maîtrise plus ou moins bien.
☩ Groupe : Créatures à n'en pas douter.
☩Race : Il est ce que l'on appelle communément un loup-garou. Ou Lycanthrope. Comme bon vous semblera.
☩ Alignement : Plutôt neutre. Les gueguerres, il a eut le temps d'en voir et même d'y participer. Celle-la finira bien par faire comme les autres et par s'achever sans nécessiter la moindre intervention de sa part. Du moins le pense-t-il.
☩ Capacités spéciales : Uniquement pour les créatures (y compris ceux des rêves et des cauchemars.)





En passant dans la rue, Sorel pourrait se faire discret. Rentrer les épaules, baisser la tête, dissimuler ses yeux et raser les murs pour rester dans son coin. Rien de plus évident pour un prédateur de sa trempe malgré sa crinière châtain claire et son mètre quatre vingt. Globalement, Sorel est beau. Mais d'une beauté qui n'a rien à voir avec le type au traits virils et parfaits. Sa beauté à lui passe par autre chose qu'une esthétique parfaitement équilibrée. Sa tignasse châtaine aux multiples reflets allant de bronze à chocolat en passant par l'or terni couvre son front ainsi que sa nuque de mèches irrégulières. Son teint légèrement hâlé met en valeur ses yeux verts agrémentés de petits éclats dorés à l'expression farouche et déterminé. Quant aux traits de son visage, ils sont délicats et bien proportionnés mais sans surprise. L'essentiel de ce qui le rend beau réside dans la teinte si particulière de ses yeux et, plus particulièrement, à leur expression. Le regarder dans les yeux, c'est comme regarder un loup en face à face. Avec la curieuse impression de n'être rien de plus qu'une figure parmi d'autre. Rien d'exceptionnel.

Et pourtant, il y a quelque chose dans cette expression, comme s'il vous regardait dans votre entier. Comprenait qui vous étiez. Vous accordait son attention, une certaine importance. Un attention cordiale, un sourire poli, presque amical, la sauvagerie de son regard s'adoucit peu à peu pour devenir quelque chose de plus chaleureux, de plus invitant. Mais impossible d'oublier ce que vous y aviez croisé quelques secondes plus tôt. Le loup peut bien vous tourner le dos, il ne lui faudrait pas des trésors d'efforts pour faire volte face et vous arracher la gorge d'un coup de mâchoire. Voilà ce que l'on ressent face à Sorel. Une sorte de douce fascination, rien qui vous ôte toute capacité cognitive, qui vous empêche de réfléchir voir même de penser. Une fascination qui vous donne envie de sourire, de marcher à ses côtés et de l'accompagner pour mieux le découvrir, une sorte de curiosité saine et en toute connaissance de cause. Parce que même si la douceur semble être au rendez-vous dans son regard, le loup et sa liberté farouche y demeurent présents.

Mais cela, uniquement s'il vous regarde. Et si vous n'avez l'occasion que de croiser sa silhouette de dos, l'impression reste mitigée. Un regard d'amateur y verrait une personne parmi d'autres, déambulant avec une certaine classe, une démarche élégante, une carrure certes bien développées mais sans rien de particulier. Un bon pas, mais pas particulièrement remarquable. Une personne parmi d'autres. Un fantôme dans un flot de passants qui a tôt fait de l'engloutir.
Mais un regard avertit, un oeil exercé à remarquer les profils dangereux, lui, ne s'y laisserait pas tromper. Si la silhouette semble se fondre parmi les autres, sa carrure, certes minces, n'en reste pas moins celle d'une personne habituée aux affrontements. Les épaules d'un guerrier. La démarche, calme et régulière, s'avère être déterminée, sans hésitation aucune et si personne ne le remarque c'est bien parce qu'il ne fait aucun bruit. Ils se fond dans la masse parce qu'il se déplace avec efficacité et sans mouvement inutile, il est comme le loup dans la bergerie, le prédateur qui se déplace sans bruit au milieu des proies jusqu'à trouver celle qui satisfera son appétit démesuré.

Enfin, en ce qui concerne le style de l'animal... il n'y a pas grand chose à dire. Autant il est tout à fait capable d'arborer un costume impeccable semblant appartenir à une personne de la haute société et y semblera aussi à son aise que s'il en portait tous les jours, autant l'habit de cuir inhérent à la plupart des guerriers semble lui aller comme un gant. En somme, il porte de tout et de rien en fonction de la situation et/ou de son humeur. Mais il le fait toujours avec un certain goût et une attention particulière qui ne le rend jamais plus effrayant qu'il ne peut l'être au naturel. Aussi paraît-il toujours plus ou moins inoffensif au premier abord.

Sa forme de loup quant à elle pourrait bien surprendre. Si l'on pourrait éventuellement s'attendre à quelque chose de sombre et de terrifiant, tant son regard peut parfois exprimer une férocité presque démoniaque, ou alors à une fourrure en accord avec ses cheveux. Ceux qui penchent pour la seconde hypothèse ont presque raison, mais pas tout à fait. Sa forme lupine serait aisément qualifiable de "Loup Gris". L'essentiel de son corps est couvert d'une fourrure d'un blanc immaculé hormis sur le dos où se mélangent différentes variétés de gris allant du plus gris au noir en passant par l'argenté. Le masque sur son visage encadrant ses yeux d'un jaune aussi luisant que l'or est plus foncé, composé de gris sombres parsemé de poils plus claires. Ses pattes et sa queue sont blanches. Il mesure à peu près 1 mètre 70 au garrot.

Il dispose également d'une forme guerrière particulière aux plus puissants de sa race. Particulièrement bien proportionnée et culminant à un peu plus de deux mètres de hauteur. Son pelage reste le même.



Selon les rumeurs, Sorel serait un monstre de cruauté, une véritable icône du sadisme et l'horreur faite homme. Les nouveaux loup-garou, ceux qui découvrent encore Lyrica, sont régulièrement rappelé à l'ordre par les plus vieux, comme le font les humains avec leurs enfants « tiens-toi tranquille, si tu ne veux pas que Sorel te tombe sur le poil ! » Si l'on demande à un loup de décrire celui qui devint peu à peu un véritable croque mitaine, il lui répondra après une courte hésitation, non sans jeter un coup d'oeil inquiet par dessus son épaule, que Sorel est un gardien sûr et implacable. Une ombre qui veille au grain et qui ne laisse passer aucun travers. La moindre erreur lui parvient forcément, le moindre imbécile qui s'égare du droit chemin se retrouve immédiatement dans le collimateur de ce que certains appellent le « Grand Méchant Loup ». Mais ceux-là ne le font qu'en riant et seulement sûrs de ne pas être entendu par le concerné. Les plus âgés, pour leur part, semblent l'appréhender avec plus de pragmatisme. Il veille sur les siens, à distance et sans jamais se faire remarquer. C'est un gardien et un meneur, ceux qui l'ont rencontrés racontent l'entrevue avec une certaine fièvre, comme s'ils se sentaient investit d'une certaine importance. Mais aucun ne saurait décrire la bête. A chacune de ses apparitions, il était sous forme animale. Et quelle forme ! Gigantesque, puissante... mais ils s'accordent tous sur un point.

Sorel n'est pas aussi cruel qu'on le dit. Pragmatique, réaliste et très terre à terre, ça, oui, mais inutilement cruel ? Non. Il comprend les erreurs de jeunesse, affirment-ils, mais ne pardonne pas celles qui ne doivent pas l'être. Ils confient avec une certaine joie qu'il a l'oeil aimant et protecteur, qu'il est bel et bien celui qui les protège. Enfin, il y a beaucoup de choses qui sont dites. Il mesurerait trois mètres de haut, aurait la fourrure aussi noire que la nuit et des yeux aussi rouges que certains démons peuvent les avoir. La vérité est toute autre.

Ce qu'il faut savoir à son sujet, comme une règle à ne jamais oublier, c'est bien de ne pas se fier à son apparence. Sa fragilité apparente, l'espèce d'innocence teintée de gentillesse qu'il semble représenter avec ses yeux dorés chaleureux - quand la sauvagerie ne s'y loge pas - n'est certainement pas à croire. Il est gentil, c'est un fait, et serviable, c'est aussi un homme de parole qui respectera ses promesses puisqu'il n'en fait jamais sans être sûr de pouvoir les tenir. Mais il n'en reste pas moins une bombe à retardement. A son arrivée, un loup-garou l'a accueillit et entreprit de l'aider, croyez-moi si je vous affirme qu'il n'a jamais vu un cas pareil de colère. Des éclats de fureur comme il n'en avait jamais vu, une rage brutale à la hauteur de cette forme animale terrifiante de taille et de brutalité. Un caractère explosif, impossible à contenir et auquel il est impossible d'échapper s'il se met en tête de vous faire la peau. Une bête cauchemardesque, un démon dans le corps d'un gamin au physique d'éphèbe fragile et encore maladroit. Mais depuis le temps, il a apprit à se contenir mais cette rage violente, cet ouragan brutal n'a jamais disparu. Il a été apprivoisé, adoucit juste assez pour ne plus exploser à la moindre perturbation, contrôlé, bridé, de sorte qu'il serait presque impossible de deviner combien il mourait d'envie d'étrangler le premier imbécile dérangeant. Il s'est assagit, calmé, s'est rendu compte qu'il y aura toujours un moment propice aux éclats mais qu'en attendant, il était préférable de se faire discret. Un fauve sait se faire oublier, jusqu'au jour où il vous saute à la gorge. A partir de là, il est trop tard.

Parce que si Sorel sait faire oublier combien il est dangereux par ses sourires polis, sa délicatesse, sa prévenance, il n'oublie jamais, lui, combien il est ce qu'il est. Un prédateur. Un chasseur. Celui qui se faufile dans l'ombre et qui attaque sans pitié, qui dévore les proies et ne s'arrête qu'une fois sa faim satisfaite.
Mais s'il y a bien une chose à laquelle l'on peut se fier, c'est bien sa parole. Mais restez bien attentif. Sorel est aussi brutal et violent qu'il est rusé et intelligent. S'il vient un jour à vous assurer qu'il ne vous fera aucun mal, vous pouvez le croire. Il tiendra parole, il ne vous fera pas le moindre mal, pas volontairement en tout cas. Mais, effectivement, prenez bien garde à ce qu'il vous confiera. « Il ne vous arrivera rien aujourd'hui. » N'est pas : « Il ne vous arrivera rien. » Tout comme « Je ne vous ferai aucun mal » ne signifie pas « Personne ne vous fera le moindre mal. ». Je n'entends pas par là que Sorel prononce toujours une parole possédant une implication directe, une conséquence différente de celle qu'il propose. S'il vous affirme qu'il vous protégera, il le fera. Mais si jamais il a une bonne raison de vouloir vous tuer, il fera tout pour y parvenir mais ne trahira jamais sa parole. S'il vous jure de ne pas vous tuer, effectivement, il ne le fera pas. Mais ce ne sera pas le cas de son acolyte s'il en a un, ou du loup planqué dans tel ou tel fourré. En bref, il ne trahit par sa parole, mais le dénouement reste le même.

En bref ? Sorel est un personnage énigmatique, qu'il est à la fois facile et difficile à cerner. C'est un gentil méchant. Un homme à la fois doux et cruel. Quelqu'un qui sait se montrer délicat comme il peut être implacable. Ce qu'il y a à dire, en conclusion ? Méfiez-vous. Il n'est du côté de personne, sinon du sien, si son bien être ou celui d'une personne qui compte pour lui, passe par votre mort prématurée, il n'hésitera pas une seule seconde. Homme, femme ou enfant.



.:: Vie et Mort ::.


Je n'ai ni le droit ni l'envie de dire que mon enfance a été difficile et dénuée du moindre amour. Mes parents cultivaient le thé destinés aux cales des navires britanniques qui se remplissaient les poches tandis que nous vivions dans une misère certes toute relative. Les années 1750 m'ont vu naître tout comme les suivantes qui, pour leur part, ont assisté au soulèvement des premiers américains, ou plutôt ceux qui étaient en fait, des britanniques considérant cette nouvelle terre comme leur nouveau foyer et qui supportaient de moins en moins l'espèce de tyrannie égoïste de la couronne anglaise. Lentement mais sûrement, le grondement profond du mécontentement mobilisa plus de monde, créant un mouvement d'abord brouillon puis de plus en plus organisé qui se mua, au fil du temps en une armée redoutable capable d'inquiéter suffisamment l'équipe adversaire pour que celle-ci se sente obligée d'intervenir. Enfin, le conflit était inévitable...

Personnellement, je m'en fichais pas mal au début, me contentant d'aider le reste de ma famille à cultiver les feuilles de thé même si cela s'avérait de plus en plus difficile. Mes parents vieillissaient sans compter les quelques... problèmes dus aux affrontements, justement. Mener une vie normale devint presque impossible. Mon premier mort marquera à jamais ma mémoire d'homme encore à peu près vierge d'horreur.
Non loin de notre colonie coulait une rivière paisible au courant frais et agréable les jours d'été. Les enfants avec lesquels j'ai grandis s'y rendaient également en tout temps, même lorsque l'eau gelée était plus mortelle qu'amusante. J'y puisais de l'eau pour m'atteler à quelques tâches domestiques, le dos de ma mère l'empêchant de se pencher plus que nécessaire, lorsqu'une forme sombre en contrebas attira mon regard. Pourtant, lorsque j'y portais mon regard, il n'y avait rien. Pas l'ombre d'un chat ou d'un chien. Penché au-dessus de l'eau, mon seau à moitié enfoncé dans l'eau claire et presque trop fraîche, annonciatrice d'un prochain hiver, je sentis soudain l'anse en bois m'échapper des mains, écorchant mes doigts. Ayant tenté, certes bêtement, de retenir le seau, ce dernier m'emporta avec lui, me jetant dans l'eau glaciale de la rivière... je ne fus heureusement pas emporté par le courant. Celui-ci avait toujours été calme, en dehors des crues qui s'avéraient rares et survenaient plutôt lors de la fonte des glaces, au printemps, ou lors des moissons. Ce que j'y trouvais pourtant, n'y était pas coutumier non plus. Vautré sur la berge, dans la terre gorgée d'eau froide, je me tenais allongé de tout mon long sur le corps tout aussi froid d'un soldat britannique. Son abdomen n'était qu'un fouillis d'horreur macabre. J'imaginais sans peine l'arme – j'ignorais laquelle précisément – qui s'était chargé d'arracher la chair et de déverser ce qui se trouvait à l'intérieur sur une terre qui n'avait rien demandé. Le haut-le-cœur qui me secoua mit quelques minutes à m'atteindre tout à fait, sans doute le temps que la réalité me parvienne dans son entier.

Dans la plupart des livres plus ou moins récents, le héros parvient à s'écarter suffisamment de là pour ne pas vomir sur le corps. J'avoue sans honte que je n'y parvins pas, à vrai dire je n'eus même pas le temps d'y songer tant cela fut soudain et violent.
Après avoir vidé mon estomac de son contenu, je me ruais vers les habitations pour prévenir mes voisins et la plupart des gens que je rencontrais. La pâleur de mon visage, me dirent-ils, était un indice suffisant pour qu'ils devinent que ce que j'avais vu était sérieux. La vérité, c'est qu'il en fallait beaucoup pour m'émouvoir, moi, la tête brûlée des parages, le petit con qui faisait hurler d'indignation la plupart des habitants de la colonie. On me voyait rarement sans un sourire ou en tout cas perdre de ma contenance, alors me voir débouler avec la gueule d'un revenant était assez inhabituel pour les alerter.

C'est à partir de ce jour-là que j'ai perdu un peu de ma morgue pour quelque chose d'autre. J'aurais été incapable en ce temps-là de vous dire de quoi il s'agissait. Je m'engageais à la première occasion dans les rangs de ceux que l'on nommait alors les « Insurgents ». Habile et agile depuis toujours, je me révélais un combattant redoutable, insaisissable. Assez en tout cas pour que le « moustique » que j'étais à leurs yeux au tout départ, deviennent en quelques jours un partenaire. Presque un ami pour certains. J'étais bon trappeur aussi... et un foutu salopard capable de saboter pas mal de leurs armes en me glissant dans leur campement la nuit. J'étais celui qu'on nommait « l'Ombre » parce que je m'y fondais avec aisance et naturel, comme s'il s'agissait là d'une seconde nature.
J'ai eut mon compte de victime. Les plus barbares de mes compagnons avaient un palmarès a faire pleurer les pierres, mais le mien n'était pas en reste non plus. Seulement je n'entassais pas les cadavres sur le champ de bataille, du moins pas au début. J'étais une sorte d'assassin, un saboteur, un trappeur, quelqu'un de plus efficace seul et en terrain ennemi que sur un champ de bataille à s'étriper joyeusement. Je n'étais pas fais pour la mêlée, pourtant je m'y jetais de bon cœur. Jusqu'au jour où une balle mal ajustée me toucha. Si elle ne pénétra pas la chair, elle en emporta en tout cas suffisamment pour créer une hémorragie qui s'avéra mortelle. Allongé de tout mon long dans une terre devenue boue sanguine jonchée d'autres corps impuissants, tout comme moi, je tentais de juguler le flot de sang qui se déversait malgré tous mes efforts pour l'endiguer. Et pendant que la vie me quittait sous la forme d'un flot rouge, je repensais à cette autre fois où j'avais côtoyé la mort de près, allongé sur le cadavre glacé d'un ennemi alors que je n'avais encore qu'une dizaine d'années. Âgé de 24 ans, soit un peu plus de 5 ans après cet événement, la mort me faisait toujours le même effet. Une terrible envie de vomir... suivit d'un lent engourdissement.


.:: Rencontre ::.


Je n'étais pas encore assez vieux, vivant, pour songer à la vie après la mort. J'étais encore dans cette période où l'on se croit éternel, à l'abri de la mort et des outrages de la chair. Alors lorsque j'ouvris les yeux sur une étendue vierge de la moindre population humaine, suspendu dans les airs, à mi-chemin entre ciel et terre, je songeais combien la mort était paisible. Un sourire léger s'épanouit sur mes lèvres tandis que j'observais le jeu insouciant d'un couple de renard, sur le versant sud d'une colline verte. Si j'avais été sur terre, je me serais installé sur le rocher couvert de mousse sur les berges de la petite rivière qui ruisselait entre les monts verdoyants. Comme par enchantement, je m' y retrouvais installé, à quelques mètres à peine des mammifères, inconscients de ma présence... et de celle de l'aigle qui les surveillait, guettant sans doute son prochain repas.
A mesure que les secondes, puis les minutes, passaient, je prenais conscience de mon nouveau corps dépourvu de la moindre consistance. J'ignorais où je me trouvais, ces plaines vallonnées m'étaient inconnues et c'était aussi bien. La guerre était un paysage qui aurait tôt fait de remplacer celui-ci et j'en étais venu à redouter cette odeur propre aux cadavres récents et plus anciens, au sang qui stagne et qui imprègne les terres innocentes. Je me passais une main dans les cheveux, songeant combien ce geste m'était à la fois familier et réconfortant.

Je pense que j'étais là depuis un long moment, les renards s'étant fait la belle depuis un moment, lorsqu'un toussotement me fit me retourner vivement. Une femme se tenait là, assise sur le même rocher que moi, et à en juger par sa position, elle était là depuis un moment. Sa beauté et l'éclat particulier de son regard me charmèrent presque aussitôt. Ses longs cheveux, ses courbes indéniablement féminines, ses grands yeux expressifs et le sourire ingénu qui étirait ses lèvres, teinté de mystère, tout cela faisait d'elle une créature de rêve. Je ne pus empêcher une pointe de méfiance de venir me picoter les flancs, mais la fascination et le désire de plaire étaient trop forts, aussi parvins-je à ne pas lui lancer de commentaire cinglant... sans compter que j'étais censé être mort. Elle n'aurait pas dû me voir.

- Je t'observe depuis un moment, tu me parais bien jeune pour être si songeur.

Je haussais les épaules avant de répondre avec une indifférence feinte :

- Je suis mort. Même si je hurlais, ça ne changerait pas grand chose, pas plus que pleurer. Il y avait des renards, je trouvais ça plus intéressant.

Elle cligna des yeux avant d'éclater d'un rire cristallin :

- J'ai accompagné des vieux moins blasés que toi.

Ce fut à mon tour de cligner des yeux. Elle se foutait de moi ou quoi ? Mais le son de son rire était un enchantement alors je laissais passer pour cette fois.

- Vous êtes un ange ?
- Non. Je suis Kaïla et en tant que telle, je te laisse le Choix.

J'imaginais sans peine qu'elle ne me laissait pas le choix de l'enfer ou du paradis. La réponse était tellement évidente que la question ne se posait même pas. Comme si elle entendait mes pensées, un sourire de dérision étira ses lèvres parfaites et je sentis mon cœur, pourtant mort, rater un battement.

- Tu as quitté la terre et ses croyances, qu'elles soient vraies ou fausses. Paradis et Enfer n'ont nulle existence ici, et j'ignore ce qu'il adviendra de toi à ta mort, mais une nouvelle vie t'attend ici. Et je pense qu'après toute cette attente, il est plus que temps que tu la trouves.

Je ne comprenais rien à ce qu'elle disait. Vraiment rien. Seulement qu'il n'y avait pas de paradis ou d'enfer, pas plus que je n'étais mort. Putain, je n'avais pas imaginé la douleur cuisante de cette balle sur le haut de ma jambe, pas plus que la lente fatigue qui s'était emparé de moi. Puis le noir. Enfin, d'un autre côté je n'avais rien vécu de particulier depuis ce sommeil, peut-être n'étais-je pas mort et que tout ceci n'était qu'un rêve. Mais un rêve qui me paraissait bien réel quand même. Les sensations étaient vivaces, malgré mon état spectral, je pouvais sentir le vent dans mes cheveux t sur ma peau, les odeurs me parvenaient comme si je possédais encore chair et sens... pourtant je savais que je n'existais pas sur le plan physique.
Elle me toucha l'épaule et je remarquais qu'elle était assise tout à côté de moi, ses pieds frôlant la surface de l'eau quand les miens y étaient plongé jusqu'à la cheville. Je devinais qu'elle était un peu plus petite que moi... et sa présence si proche me faisait un effet dingue. Je frémis à son contact, ressentant un besoin étrange de me frotter à sa paume, de rester en contact avec elle. Lorsque sa main quitta mon épaule nue, je ressentis comme un profond déchirement et retins péniblement un gémissement pitoyable.

- Tu es bel et bien mort Sorel. Tu as quitté ton monde pour celui-ci, et je t'ai jugé digne d'une seconde chance. Ici, tu es en Lyrica.

Étrangement, ce nom me parlait. Il chantait dans ma tête et je dus me concentrer pour écouter ce qu'elle me dit ensuite :

- C'est pourquoi je vais t'expliquer ici et maintenant le Choix qui t'es offert. Ici, ton humanité n'est pas nécessaire. Tu peux revêtir l'existence de la créature de ton choix. Vampire, elfes et toutes les légendes dont tu as entendu parler jusqu'à maintenant. Et même au-delà. Souhaites-tu incarner une licorne, un dragon peut-être ? Tu n'es pas cantonné à ce que tu connais ou non, tu peux imaginer ce que tu seras, sans limite ni contrainte. Sois ce que tu souhaites êtres, mais tu devras en assumer les conséquences.

Je n'eus pas à réfléchir longtemps sur ce que je ne serais pas. Les Vampires étaient si présents dans ces histoires sombres que les guerriers se contaient sur les champs de bataille, que je me savais incapable d'en devenir un. Ces créatures répugnantes sillonnant les champs de mort pour obtenir ce dont ils avaient besoin pour vivre, ces êtres si dangereux, funèbres et retors... Non, décidément, il n'y avait aucune chance pour que je les choisisse pour être ma future forme.
Étrangement, je savais qu'elle disait vrai. Ses pieds nus se balançant non loin de la surface de l'eau, créant quelques ondes à leur contact étaient aussi réels que ses grands yeux clairs, innocents et redoutables. Cette femme était une lionne. Capable d'une attitude douce et tendre, maternelle, comme de la pire barbarie pour protéger ses petits. Et cette expression dans ses yeux, cet éclat particulier que je retrouvais parfois dans celui de ma mère, m'incitait à croire que je faisais parti de ce qu'elle protégerait envers et contre tout.

Je me souvins de ces nuits passées en forêt à traquer du gibier, craignant les loups et leurs crocs puissants. De ces journées, perché dans les arbres, à observer une meute évoluer autour de leurs louveteaux, de ces mêmes créatures lancées à la poursuite d'une proie, agissant de concert et avec une complicité qu'aucun humain n'aurait sut entretenir. Et de cette beauté sauvage qui m'avait si souvent subjugué. J'avais longtemps souhaité me réincarner en loup, à ma mort, posséder la puissance agile de ces pattes robustes, la beauté sauvage de ce pelage indomptable et doux... mais l'on m'offrait la possibilité d'être ce que je suis tout en incarnant ce rêve de gamin.

- Je pense qu'être un loup-garou me conviendrait... mais en quoi cela consiste-t-il ? Devrais-je me nourrir d'un cœur à chaque pleine lune ? Quelles sont les contraintes ?

Elle éclata de rire et je ressentis comme l'impression qu'elle me prenait pour un abruti. Un élan de colère me fit froncer les sourcils et serrer les poings, mais je restais immobile et calme en apparence. Le sourire indulgent qu'elle me jeta ensuite m'apprit qu'elle n'était pas dupe.

- Fais ton choix, tu découvriras le reste ensuite.
- Mais il n'y a nul choix à ignorer les règles pour ensuite en subir les conséquences !

La colère me faisait serrer les dents et frémir mes lèvres. Elle leva une main et j'eus un mouvement de recule qui lui tira un sourire amusé avant que ses doigts longs et fins n'entrent en contact avec ma joue, la caressant délicatement.

- Déjà si sauvage... Je t'offre la possibilité de vivre, n'est-ce pas suffisant ? Dois-je en plus m'expliquer ? Penses-tu être le seul mort dont je doive m'occuper ?
- Dans ce cas pourquoi avoir perdu du temps à m'observer ?
- J'étais curieuse. Ton âme était jeune mais forte. Je voulais savoir ce que tu allais faire et ton choix me surprend. Pourquoi le loup ?

Je haussais un sourcil sarcastique, ne pouvant empêcher une certaine hostilité de transparaître dans mes traits malgré le besoin maladif de la contenter et de surtout, surtout pas être agressif avec elle. Je souhaitais lui plaire, pas la blesser ni l'agresser.

- Parce qu'il n'est jamais seul. Qu'il est magnifique et sauvage. Il est dangereux mais aussi intelligent et rusé. J'ai toujours aimé le loup.

Je conclus en haussant les épaules, mon calme en partit retrouvé.

- Pourquoi pas le chien ?

Je songeais à ces bêtes intelligentes et loyales, fidèles au-delà des mots, à Slayer, le chien de la famille. Un berger redoutable et un gardien aimant. Quand j'étais gamin, je m'allongeais contre lui et il me laissait dormir, la tête sur son épaule ou son flanc. C'était un chien que j'avais aimé, jusqu'à ce qu'il nous quitte, laissant sa descendance assurer sa relève. Pourquoi pas le chien ?

- J'imagine que l'on ne désire que ce qui est inaccessible. Et puis le loup est plus farouche, moins évident à atteindre, mais il n'en est pas moins aimant et protecteur avec les siens.

Ce fut à son tour de hausser les épaules et elle posa sa tête sur la mienne, ses longs cheveux glissant sur ma peau nue... et je réalisais enfin que j'étais en tenue d'Adam. Mais je ne m'en étonnais pas, restant calme malgré ma colère qui couvait toujours.

- Soit. Ton choix sera respecté.

Elle posa ses lèvres sur ma joue et je m'endormis lentement contre elle, confiant et serein, tel le chien aux pieds de son maître.


.:: Renaissance ::.


Lorsque je m'éveillais, le soleil n'était levé que depuis peu. Des volutes de brouillards montaient du sol herbeux de la Grande Plaine. Ce nom m'était venu de lui-même, comme surgit d'une conscience étrangère mais intimement liée à la mienne. J'inspirais à fond un air chargé d'odeurs dont certaines firent gronder mon estomac. Une odeur délicate de gâteau au miel. Celle, plus forte, d'une pièce de viande que l'on cuisait lentement, sur une broche. Je pouvais presque entendre d'ici le grésillement familier de la graisse dans le feu. Je me mis difficilement debout, remarquant que les vêtements que je portais ne m'appartenaient pas. Un pantalon et une chemise, tous deux en tissu et à lacet. Nulles bottes à mes pieds et je ne trouvais pas ça désagréable, moi qui étais habitué à évoluer pieds nus dans un milieu boisé.
J'ai mis quelques temps avant de trouver le lieu habité d'où provenait l'odeur de nourriture qui avait si bien réveillé ma faim. D'ailleurs celle-ci se révélait dévorante. En parvenant dans cette bourgade isolée, je me suis également rendu compte combien mon ouïe s'était améliorée, sans parler de ma vue bien plus perçante.

Le village se situait au sommet d'un petit vallon. Pas particulièrement peuplé, il me faisait penser à ces petits hameaux en bordures de nos grandes colonies. Pas très grands, mais les habitants en étaient plus familiers, plus chaleureux aussi, quand ils n'étaient pas hostiles aux étrangers. Ce n'était pas le cas pour cette fois, ce qui m'arrangeait pas mal. Les gens me souriaient pour le plupart et l'un d'entre eux s'approcha même de moi en me tapotant l'épaule d'un air amical, me lançant un « bienvenue parmi nous, mec ! » avant de disparaître dans la foule, sans se retourner. Une femme me donna une part de gâteau, ne cherchant même pas à savoir si j'avais de quoi payer. Même si je savais qu'ils parlaient tous une langue étrangère, les mots étant différents de ceux que je connaissais, je comprenais pourtant tout ce qu'ils me disaient. Comme si je parlais cette langue depuis toujours. Et des tas de choses me paraissaient familières quand bien même je n'en avais encore jamais vue de ma vie.
Mais je crois que ce qui suffit à me faire comprendre combien j'avais changé, tout comme le monde où je me trouvais, ce fut ce qui survint dans un bar. Une odeur alléchante de ragoût m'y avait traîné presque de force, mon estomac réclamant bruyamment, malgré l'épaisse part de gâteau que l'on m'avait si gentiment offert. En poussant la porte, les odeurs me firent froncer le nez mais je m'installais tout de même à une table, dans un coin relativement éloigné de la porte. Ma place me permettait d'avoir une vue sur toute la salle sans que mes arrières ne soient verrouillées par le mur. C'était devenu une habitude, plus particulièrement lorsque je me rendais dans une taverne où se trouvait l'ennemi pour récolter des informations.

Cette fois, pourtant, je m'y sentais à l'étroit. Et ce fut encore pire lorsque, mon repas servit, un type vint y plonger sa main pour y cueillir un morceau de viande. D'ordinaire je me serais contenté d'un regard noir et de protéger ma pitance avec un peu plus d'attention, ou, éventuellement, d'un rire puisque l'on m'avait si généreusement accueillit... mais mes instincts étaient différents et l'explosion qui survint alors surprit tout le monde. Je bondis d'un mouvement qui me paru extrêmement rapide, même à moi, sur l'inconscient qui se retrouva rapidement plaqué contre un mur. Plus tard, je compris combien c'était une mauvaise idée. Le type, évidemment, n'était pas humain et s'empressa de me le prouver en me répondant brutalement. A partir de ce moment-là j'ai complètement perdu le contrôle et je n'appris ce qui s'y était déroulé que bien plus tard, lorsque Karl me le raconta avec un sourire de dérision.
Apparemment, lorsque le type, nommé Jack, répliqua, je me suis transformé presque aussitôt, ruinant le mobilier et obligeant les autres clients à décamper. Je crois, de toutes façons, que ma taille suffit à leur apprendre combien rester dans les parages s'avérait dangereux. Si Karl ne m'avait pas arrêté juste à temps, Jack boufferait les pissenlits par la racine à l'heure qu'il est, et les habitants du village auraient été les suivants. C'est à la suite de cet épisode que Karl me prit sous son aile, loué soit Kaïla.


.:: Apprentissage ::.


Quand je m'éveillais, j'étais vautré sur une couchette d'un autre temps. En me redressant, je grimaçais des courbatures et mon expression s'aggrava en constatant que mon torse était masqué par d'épais bandages... à l'instar de mon cou et de mon bras droit. Mon front n'était pas en reste, ce qui expliquait sans doute le vertige qui me donnait l'impression d'être sur le point de vomir... ou de tomber. Voir les deux à la fois. Je soupirais et reculais sur les fesses jusqu'à poser mon dos contre une surface verticale, tentant de réprimer cette nausée, qui, bien sûr, ne passa pas.

- Je pensais avoir encore quelques minutes de tranquillité, mais on dirait que tu as décidé de me faire chier.

Je sursautais et me redressais bien malgré moi, mon corps se déplaçant de lui-même en position accroupie, faisant face à l'origine de la voix. C'était un homme entre deux âges, jeune mais ayant malgré tout expérimenté la vie et pas toujours dans ses bons côtés. Je le jaugeais du regard et un grondement roula dans ma gorge pendant que les muscles de mes épaules se tendaient d'eux-même, créant une onde de douleur. Ce ne fut pas elle qui me fit perdre l'équilibre et rejoindre la couverture posée en vrac sur un lit de paille, mais un vertige puissant qui me jeta presque à terre. Mes jambes tremblaient à l'instar de mes bras, un frisson me fit me recroqueviller sur moi-même, cherchant à récupérer un peu de chaleur. La menace me rendait violent, et je savais que s'il s'approchait, je ne pourrais pas m'empêcher de réagir, tout comme je savais que, dans mon état, j'avais peu de chance de le vaincre. Et je mourrais d'envie de vomir.

- Je ne m'attendais pas à ce que tu m'opposes une telle résistance. Tu es récent pourtant, non ?

Je parvins, j'ignore comment, à tourner la tête sans vomir. Apparemment je n'étais pas le seul à compter mes bleus. Il était couvert de bandage et son visage portait une cicatrice qui barrait ses lèvres et une autre sur la joue. Ses bas, ses jambes et son corps portaient de nombreux bandages dont certains se teintaient déjà d'écarlate et méritaient d'être changés. J'ignorais ce qu'il entendait par « récent » et par « résistance » mais je continuais de le fixer sans répondre.
Mon silence sembla l'agacer et il grogna de dépit, achevant un bandage autour de sa main gauche particulièrement amochée. On aurait dit qu'une bête l'avait mâchouillée puis recrachée.

- Je t'ai traîné jusqu'ici par la peau du cul pour te rafistoler, fiston. J'ai pas l'intention de foutre en l'air des heures de boulot, alors j'aime autant savoir qui j’héberge et qui a bien faillit avoir ma peau.

Je clignais des yeux. Des images éparses me revenaient progressivement. Il y avait pas mal de sang et de violence, des... ma foi des trucs vraiment bizarres. Je lui répondis, après une seconde d'hésitation, d'une voix rauque :

- Sorel.
- Enchanté, So'. Moi, c'est Karl et on m'a recommandé de t'apprendre fisa à te contrôler sinon on aurait ma peau.

Je n'eus même pas besoin de demander qui était « on » et pourquoi je devais apprendre à mon contrôler lorsqu'une femme passa la porte en la claquant presque violemment. C'était la femme de l'auberge, celle qui m'avait sourit si gentiment avant de me servir mon plat. Elle fronçais les sourcils d'un air mécontent jusqu'à ce qu'elle me remarque et ne se précipite sur moi. Karl voulut la retenir, bondissant de son siège pour l'intercepter, mais elle était trop vive et fut à mes côtés presque aussitôt. J'eus un mouvement de recule instinctif, agrémenté d'un grondement brutal et menaçant... qu'elle ignora purement et simplement.

- Karl ! Espèce d'insensible ! Tu ne vois donc pas qu'il a froid ? Maudit corniaud !

Elle m'attrapa doucement, ses mains fortes habituées à servir des gens et à récurer des plats me paraissant étrangement rassurantes. M'allongeant sur ma paillasse et étendant une couverture sur mon corps meurtrit, elle s'agenouilla à côté de moi et passa ses mains dans mes cheveux dans un geste de mère qui me tira un soupire. Elle en sourit et Karl grogna dans son coin, maugréant contre les bonnes femmes inconscientes et suicidaires.

- Il aurait pu te tuer, vieille folle.
- Il ne l'a pas fait, sac à puces. Tu ne peux pas t'empêcher de voir le mal partout. Jack a été stupide. On ne fout pas ses pattes dans l'écuelle d'un récent sans savoir de qui il s'agit. C'était foutrement bête, et il devrait s'estimer heureux d'être encore en vie.

J'entendis distinctement Karl soupirer lourdement avant de s'approcher d'un pas lourd. Il s'assit en tailleurs un peu en retrait de la « bonne femme » qui continuait de me caresser affectueusement les cheveux.

- Raconte-moi tout.

C'était une femme, une étrangère, une personne, qui plus est, qui me rendait mou sous ses caresses et ses sourires. J'étais charmé, non pas comme un homme peut l'être d'une femme, mais comme un enfant peut l'être d'une mère chaleureuse et aimante. Elle me faisait me sentir en sécurité, dans un cocon de chaleur. Alors je lui racontais tout. Ma discussion avec Kaïla, mon réveil au beau milieu de nul part, seulement guidé par une odeur de gâteau au miel et de viande jusqu'à cet instant où j'avais perdu le contrôle. Elle me raconta ce qui s'était passé après ma transformation, expliquant combien ma taille les avait surprit ainsi que ma force inattendue pour un être aussi récent que moi. Elle me dit aussi que j'avais intérêt à l'aider à reconstruire son auberge si je ne voulais pas agrémenter son lit d'une parure en peau de loup et cela suffit à me faire sourire. Lorsqu'elle quitta les yeux en me promettant un repas consistant, me laissant seul avec Karl, je retrouvais ma tension initiale.

Me retrouver seul avec ce type me rendait nerveux et agressif. Sûrement parce qu'il était dominant et que j'étais en position de faiblesse. Peu à peu, un savoir que je devinais ancestral me parvenait par vague, m'informant de quelques détails qui méritaient d'être approfondis. Je compris, au cours de cette discussion avec l'aubergiste dont j'ignorais toujours le nom, que les loups-garou n'étaient pas réagit pas les caprices de la lune mais que ces transformations survenaient à la suite de sentiments puissants. Ma colère, ou mon instinct territorial, avaient suffit, la veille, à faire éclater une bagarre qu'elle m'avait juré mémorable. J'aurais pu être fière de cette nouvelle puissance si elle ne me fichait pas méchamment les jetons... ou, plus sûrement, si je n'avais pas furieusement envie de vomir.

Karl soupira lourdement et s'écarta d'un ou deux mètres, s'installant contre la cloison opposée à celle où j'étais allongé. Cette distance me permit de me détendre et je lâchais un soupire de bien-être auquel il répondit par un mouvement indécis.

- Écoute petit. Je ne me suis jamais occupé de personne avant toi, mais il me paraît évident qu'il faut que ce soit une personne suffisamment puissante pour pouvoir te contenir. Le peu de loups assez forts que je connaisse n'hésiterait pas un instant à te tuer sur le champ pour éviter la concurrence. Et je ne doute pas que tu en deviendras une lorsque j'en aurais finis avec toi.

Je l'écoutais d'une oreille, une partie de moi sombrant sur une mer houleuse et sombre, une mer qui, je n'en doutais pas, n'allait pas tarder à m'entraîner vers l'inconscience. Aussi je luttais pour essayer de saisir ce qu'il me disait et d'essayer d'en comprendre le sens. Cherchant à me placer dans une position inconfortable pour essayer de rester conscient le plus longtemps possible, je rivais mon regard dans le sien.

- Vous allez m'apprendre à... contrôler ça ?

Il sourit et il devint plus jeune de quelques années, je me surpris à sourire avec lui. Ma méfiance commençait tout juste à s'apaiser à mesure que je ne voyais plus en lui une menace mais une aide potentielle... une part de moi chuchotait doucement. Trop bas pour que je puisse l'entendre... mais je crus bien saisir « frère ». Frère de meute.

- On peut dire ça comme ça, oui. Kaïla ne t'a pas expliqué ce qui allait t'arriver en faisant ce choix ?
- Parce qu'elle vous l'a expliqué, à vous ?

Même moi, j'entendis le grondement sauvage qui roulait dans ma gorge quand je prononçais ces mots. Je sentis quelque chose, en moi, s'agiter avec une brutalité effrayante mais c'était au second plan. Seule la colère était importante. Cette vague brûlante et envahissante, aussi brutale et soudaine qu'un ras-de-marée. Absolue.
Mon corps s'était déplacé de lui-même. Le corps à moitié allongé sur le ventre, les bras tendus, mon corps tout entier tendu vers Karl comme s'il envisageait de lui sauter dessus et de lui arracher la gorge. Je percevais cette tension familière qui survenait avant chaque affrontement, ce désir d'en découdre, ce besoin de s'élancer et de se battre jusqu'à ce que mort s'ensuive. Mais c'était plus fort, plus brutal... c'était animal. Cette fois, je sentis venir la transformation mais avant même que la sensation de changement ne se fasse sentir, je sentis un coup violent sur l'arrière de mon crâne... et aperçu, avant de m'effondrer, l'expression soucieuse de mon « mentor ».

.::.


- Tu n'es qu'une brute épaisse ! Regarde moi ce pauvre gosse ! Tu ne le trouves pas déjà assez amoché comme ça ?
- Je m'attendais à des remerciements...
- Pour avoir encore tapé dessus ?!
- Pour avoir sauvé ton auberge, triple buse ! Et ma vie, par la même occasion !

Je lâchais un grognement agacé et me tournais sur le dos, espérant m'isoler de ces hurlements qui ne faisaient qu'aggraver ma nouvelle amie. Entendez par-là une migraine carabinée, du genre qui pulse sous votre boîte crânienne, qui vous donne envie de vomir – ô joie, moi qui en mourrais déjà d'envie – et bien d'autres à côté ô combien jouissif.
Ils s'interrompirent aussitôt, la femme se précipitant vers moi pour me chouchouter – dieu que j'y prenais goût ! - tandis que Karl allait se rencogner dans ce fauteuil à bascule qu'il semblait tant affectionner.

- Mon petit chou, roucoulait-elle, comment tu te sens ?

Je jetais un regard à cette femme si attentionnée et eut un sourire mutin qui la fit se redresser de quelques centimètres.... puis pouffer en silence lorsque j'exagérais ouvertement en prenant une voix plaintive :

- J'ai horriblement maaaaal. Je me sens pas bien. J'ai envie de vomir, je croire qu'il m'a fracturé le crâne. Cet homme est un monstre. Ne me laissez pas avec lui, par pitié !

Évidemment, j'en rajoutais des couches pendant encore une ou deux minutes, me plaignant de tout et de rien, de ses yeux trop clairs alors qu'ils étaient superbes, de sa barbe mal rasée, de ses cheveux mal coiffés, de sa voix trop agressive, qu'il me frappait juste parce qu'il aimait ça et qu'il me détestait. Et j'en passe. Nous éclatâmes de rire lorsque Karl émit un grognement dégoûté en bourrant sa pipe sans cesser de maugréer.

- Je vois que tu es assez en forme pour raconter des inepties.

Je lui adressais un sourire innocent auquel il répondit en levant les yeux au ciel mais je remarquais que le coin de ses lèvres s'était retroussé légèrement, tandis qu'il y portait le tuyau de sa pipe. C'est ainsi que commença une relation complice mais tumultueuse. Je manquais effectivement à plusieurs reprises de le tuer.

.::.


J'appris plus tard que celle que je nommais dans mon esprit « l'Aubergiste » s'appelait en fait Brigitte. Prévisible mais cela lui allait bien. Elle n'en loupait pas une pour se prendre le bec avec Karl, mais j'apercevais de temps en temps des sourires en coin, et leur regard changeait parfois passant d'une fureur noire à quelque chose de plus tendre, de plus intime. Lors de leurs échanges quotidien de mots doux, je m’éclipsais discrètement pour leur laisser un peu d'intimité. Enfin, lorsque Karl me laissait faire, ce qui s'avérait plutôt rare. Ce type était un bourreau du travail.
Il passais son temps, lors des entraînements, à essayer de me faire trouver, au fond de moi, cette zone où se cachait mon loup. En dehors de ces instants, lors des moments de vie quotidienne, il ne cessait de m'asticoter sur des sujets sensibles dans le but de me faire perdre la tête. Au début, il y parvint dix fois sur dix, puis, progressivement, ce nombre passa à neuf puis à huit. Je parvenais à garder le contrôle. Les plaies toujours plus sanguinolentes qui me barraient le corps, les cicatrices qui en résultaient, n'étaient pas ce qui me poussait à me contrôler toujours plus rudement. Karl n'était pas aussi fort que moi. S'il ne l'avouait jamais – il avait sa fierté et il n'était pas un dominant pour rien, ce qui rendait la cohabitation parfois houleuse pour ne pas dire dangereuse – il le sous entendait parfois. Il me racontait combien il n'avait jamais vu des colères comme les miennes, cette fureur incontrôlable lui était étrangère. Il était, certes, plus susceptible que lorsqu'il était humain mais cela n'avait rien à voir avec ce qui m'arrivait désormais. J'avais toujours été un peu colérique, autrefois, mais jamais à ce point. Je n'avais jamais perdu le contrôle, j'étais assez facile à vivre en dehors des 400 coups que je pouvais faire et de mes paroles acerbes. Il était évident qu'il y avait peu d'intérêt à me chercher des noises, mais cela n'avait aucune commune mesure avec ce que j'étais devenu.

Désormais, une parole mal placée, un sujet un peu épineux et il se pouvait que je vous arrache la tête dans la seconde suivante. Ma colère était brûlante... et voir combien Karl souffrait après chacun de nos affrontements me meurtrissait. Si notre meute n'était pas bien grande, seulement constituée de nous deux et de Brigitte, et même s'il était évident qu'il en avait la tête, il n'en restait pas moins ce que mon moi lupin appelait mon « frère de meute ». Et effectivement, il était un peu devenu comme un frère ou, plus sûrement, comme un oncle avisé et un peu bourru.
Mon entraînement dura plusieurs longues années. Il me traitait de bourrique tant je pouvais me montrer hermétique à certains concepts, et m'insulta de tous les noms d'oiseaux existants sur Terre comme sur Lyrica, lorsqu'il apprit que j'essayais de me contrôler sous forme lupine de mon côté.

En un mot comme en cent, je m'entraînais. Je me disciplinais – enfin, tout est relatif. Entre temps, il m'apprenait à me défendre, à employer ma nouvelle nature pour mieux appréhender mon environnement. Eternels en Lyrica, une bonne centaine d'années se déroula ainsi. Je n'apprenais plus grand chose, mais mon foyer se trouvait ici. Karl avait fini par passer la bague au doigt de Brigitte, même s'ils n'avaient aucune chance d'avoir un enfant. Elle m'avait confié, une fois, que j'étais le petit « mec » qu'elle aurait voulu avoir.
Mon bourru de pseudo-père se présenta un jour à moi pour clôturer ces années de paisibles innocence, de ce partage inestimable. Il venait de m'ordonner d'aller me coucher, moi qui était bien assez vieux pour pouvoir m'occuper de moi tout seul – bordel, j'avais cent vingt-deux ans ! Je ravalais le grondement brutal qui commençait à peine à faire vibrer ma poitrine et après l'avoir foudroyé du regard, je gagnais ma chambre. Un livre m'attendait sur mon lit de toutes façons... mais ce n'était pas pour tout de suite. A peine ma porte fut-elle fermée que je m'évadais par la fenêtre d'un bond parfaitement ajustée. Je m'éloignais en quelques foulées souples puis prit une direction sous le vent. Karl pouvait bien se rendre compte de ma disparition, son flair ne lui serait d'aucune utilité.

Pourtant, à peine m'étais-je installé que ce fumier me rejoignait déjà. Je me relevais aussitôt pour lui faire face mais il se contenta de me rejoindre et de me faire face, un sourire énigmatique aux lèvres. Si je ne le connaissais pas aussi bien, j'aurais dis qu'il était ému.

- On peut discuter ?
- Comment m'as-tu trouvé ?
- Je savais que tu viendrais ici. C'est ici que tu es arrivé et que tu viens lorsque tu veux être un peu seul.

Je souris, amusé. Ce salopard me connaissait bien. Je m'assis au pied de l'arbre, Karl me rejoignant à mes côtés. Nous restâmes silencieux durant les premières minutes avant qu'il ne commence à parler, et je l'écoutais, silencieux et discipliné.

- Quand tu es arrivé au village, j'ai vu en toi un blanc bec qui n'allait pas faire long feu. Tu n'es pas bien grand et en ce temps là, tu avais autant de muscle qu'un mulot. Autant dire que j'ai cru ta dernière heure arrivée lorsque tu t'en es pris à Jack. J'étais prêt à intervenir pour l'empêcher de te faire la peau, mais c'est l'inverse que j'ai dû me résoudre à faire. Une minute de plus et tu en faisais ton prochain casse croûte.

J'entendis son sourire dans sa voix. Mais je gardais mes commentaires pour moi. Il donnait l'impression d'avoir besoin de parler.

- Pour être honnête, quand j'ai vu ton loup, j'ai d'abord pensé à partir. Ce n'était pas mon problème, finalement, et je n'avais pas besoin de risquer ma peau pour un imbécile comme Jack. Mais j'ai pensé à toi. A ce que tu deviendrais si jamais je te laissais faire. Tu te serais détesté, tu aurais eut peur de ce que tu étais devenu et tu aurais cherché à contenir ton loup à tout prix, au point de le frustrer. Tu te serais amputé d'une partie de toi-même. Devenu fou de douleur d'avoir tué tant de gens, puis atteint de la folie pour chercher à réprimer ce qui faisait de toi un être à part entière, tu serais devenu un monstre. Semant mort et désolation sur ton passage, perdant tout contrôle sur ton loup puis sur ton humanité. J'ai pensé à ça, à toi, aux gens que tu priverais de leur famille, et je suis intervenu. Putain ce que tu étais grand ! Un vrai monstre – pardonne-moi pour ça – mais tu étais tellement grand que je ne voyais que ça. Un loup monstrueusement grand mais aussi tellement beau et puissant, que Kaïla ne pouvait qu'avoir vu en toi un grand potentiel.

Il marqua une pause et je sus qu'il en venait à ce qui l'avait mené jusqu'ici ce soir.

- Tu as parcouru un long chemin jusqu'ici, So'. Ça n'a pas été facile tous les jours, je n'ai jamais vu ni même entendu parler d'un loup comme toi. Tu entreras dans les légendes. Aujourd'hui je sais que tout n'a pas été vain. J'ai trouvé ce qui s'approche le plus d'un fils ou d'un neveu, certes un peu stupide sur les bords mais on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a. Ce soir, tu m'as prouvé combien tu as grandis depuis ce jour apocalyptique où tu as faillis réduire Jack en bouillie.

Ce coup-ci, je faillis intervenir. Je ne comprenais pas où il voulait en venir. Je n'avais rien faire de particulier ce soir, hormis lui désobéir mais ce n'était certainement pas la première ni la dernière fois. Il m'en empêcha en reprenant la parole aussitôt.

- Tu as assez mûri et assez de contrôle pour pouvoir me tuer, si l'envie t'en prenait. Ne me contredis pas, je sais que c'est vrai. Et ce soir, tu aurais très bien pu m'envoyer paître, essayer de prendre la dominance. Je sais que ton instinct t'y pousse chaque fois que je te donne un ordre ou que je formule une remarque qui ne te convient. Je sais que chaque fois que tu penses à moi comme ton alpha, tu as envie de venir me trouver pour me faire la peau. Lutter contre cet instinct et n'en rien montré relève d'une maîtrise que j'ai moi-même du mal à atteindre. Mais j'imagine qu'avec un loup comme le tiens, c'est plutôt une bonne chose.

A vrai dire, je crois qu'il ignorait combien de fois il était passé à un cheveu de passer au fil de mes crocs, et je savais combien cela ne me coûterait que peu d'efforts de le faire. Mais je l'aimais tellement qu'il m'était impossible de seulement songer à une telle chose. Pourtant, sous ses paroles je sentais quelque chose d'autre. Quelque chose de plus que cette fierté presque émue, quelque chose de plus que cette confidence. Et je crois que je sais de quoi il s'agit. Il se tut, me laissant le temps de réfléchir à ses paroles, et je le pris ce temps, savourant sa présence réconfortante et familière. Lorsque je parlais, ce fut lentement et avec précaution, comme si j'avais mal rien qu'à prononcer ces mots :

- Tu es en train de me demander de partir, n'est-ce pas ?
- Oui.




Derrière l'écran.


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☩ Sexe : Ahahahahahah... bonne chaaance ;D
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Sorel

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